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Cœur de porc greffé sur un humain : « Une grande avancée médicale »

  • Photo du rédacteur: Valentin Rionceny
    Valentin Rionceny
  • 7 janv. 2022
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 août 2023



Un Américain de 57 ans à qui l’on a greffé un cœur de porc génétiquement modifié, ne présente pas de signes de complications, trois jours après l’opération. Benoît Averland, directeur adjoint prélèvement et greffe d’organes à l’Agence de la biomédecine, explique pourquoi cette opération est historique.


Benoît Averland est directeur adjoint prélèvement et greffe d’organes à l’Agence de biomédecine. Il explique en quoi la greffe d’un cœur de porc sur un humain, réalisée aux États-Unis, pourrait marquer l’histoire de la médecine. Il y a déjà eu des tentatives de greffe de cœur d’animaux sur des humains. En quoi celle-ci pourrait être une rupture ? C’est un pas en avant, une grande avancée. Ce qui fait que cette opération sort de l’ordinaire est qu’elle n’est pas uniquement envisagée en termes de recherche mais que le patient pourrait très bien vivre longtemps, si la réussite se confirme. Déjà, faire en sorte que le cœur d’un cochon ne soit pas reconnu comme un ennemi par le système immunitaire, et ne soit pas détruit rapidement, est un exploit. Les chercheurs ont franchi deux barrières en une fois, la barrière des espèces, et la barrière des infections virales.

Ces barrières ont été franchies en modifiant génétiquement le cochon grâce aux outils récents d’édition génétique ?

Oui, la société de biotechnologie qui produit les cochons a dû réaliser deux types de modification génétique, en utilisant des outils comme crispr-Cas9 (qui permet d’enlever, de remplacer ou de rajouter des éléments du code génétique, avec une relativement bonne précision). Benoît Averland, directeur adjoint prélèvement et greffe à l’Agence de la biomédecine. | DR Des cochons sans rétrovirus ni alphagal

Quelles ont été les modifications nécessaires ? Ils ont produit des lignées de cochons débarrassés des rétrovirus dont ils sont porteurs, et qui sont codés dans leur ADN. De nombreux échecs des xénogreffes (greffes entre espèces) étaient liés à l’apparition de zoonoses, de maladies transmises par le greffon. Ils ont ensuite enlevé le gène codant pour l’aphagal, un sucre présent à la surface des cellules de nombreux mammifères, mais absent chez les humains. Le cochon est un choix évident pour les xénogreffes ?

Il a une grande proximité génétique avec l’homme, il est même plus proche que d’autres primates. Et ses organes ont la même fonction et à peu près la même taille que les organes humains. Peut-on envisager de vivre à long terme avec un organe d’une autre espèce ?

S’il n’y a pas de rejet, pourquoi pas. Mais ce pourrait être également une solution d’attente.

Le patient n’était pas éligible à une greffe « classique ». Cela fausse-t-il les critères de

réussite de l’opération ?

Les Américains ont une approche très pragmatique des greffes. Si une pathologie diminue les chances que la greffe réussisse, ils ne la font pas. En France, nous avons une approche qui peut être plus compassionnelle. Si vous regardez les statistiques de réussite de greffe outre-Atlantique, elles sont supérieures aux nôtres. Cela ne signifie pas qu’ils sont meilleurs, mais qu’ils sélectionnent plus les patients. « Il faut que l’Europe s’y intéresse »

Une opération de ce type est-elle envisageable en France ?

En Europe, la recherche sur les xénogreffes s’est brutalement arrêtée au moment de la crise de la vache folle. Elle est active aux États-Unis avec une certaine vision de l’ingénierie commerciale, mais aussi en Chine. Il va être temps que l’Europe s’y intéresse de nouveau.

Mais est-ce qu’il n’y aurait pas un obstacle législatif ?

Non. Même si le principe des xénogreffes pose des questions éthiques, ne serait-ce que sur le bien-être animal.

En octobre, un rein de cochon provenant de la même société avait temporairement été greffé (à une femme en état de mort clinique) par une autre équipe. Vous attendez-vous à une multiplication de ces opérations ?

Très certainement. Je n’ai pas le détail des autorisations que la FDA (l’Agence américaine fédérale du médicament) a accordé, mais ces équipes ne comptent pas en rester là. Et d’autres sociétés de biotechnologie sont également sur le sujet. Les raisons de ce succès tiennent aux trois raisons classiques des réussites médicales : des moyens financiers, de l’intelligence et un peu de chance. D’autres avancées prévisibles

Peut-on s’attendre à des avancées similaires pour d’autres organes, comme le rein ou le foie ?

Sans doute. Pour le foie, je ne vois pas d’obstacle particulier. Le rein, qui est l’organe le plus greffé et pour lequel nous avons le plus de besoins, est très complexe sur le plan immunologique.

Les xénogreffes sont-elles la solution pour résoudre la « pénurie » d’organes ? Covid-19 en France : êtes-vous d'accord avec les nouvelles mesures mises en place ?

En France, nous greffons un peu moins de 3 000 reins, un millier de foies et 300 à 400 cœurs et poumons. Oui, il y a une forme de pénurie, même si je n’aime pas ce mot-là, notamment pour les greffes de cœur. Si cette technique se développait, il est probable que nous voyions se manifester plus de malades, qui aujourd’hui renoncent à se mettre sur liste d’attente. Jusqu’ici, à chaque fois que l’accès à la greffe a été facilité, et il a beaucoup évolué, de nouveaux besoins sont apparus. Et les listes sont toujours pleines.


Vendredi 7 janvier 2022

 
 
 

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